Cacophonie des aides aux auteur·rices : la Charte tire la sonnette d’alarme

Le récent abondement par des organismes de gestion collective d’un fonds d’aide réservé aux auteur·rices ne doit pas faire oublier le problème de fond : les guichets mis en place, qu’ils soient transversaux ou sectoriels, restent inadaptés et difficiles d’accès, tant par leurs critères d’éligibilité que par leur étonnante complexité et la lourdeur administrative qu’ils imposent aux principaux·ales intéressé·es.

Des fonds inadaptés

Dès le début de la crise, la Charte a alerté les pouvoirs publics et ses organisations partenaires sur la nécessité pour les soutiens mis en place de tenir compte de la réalité professionnelle des auteurs et autrices, en insistant sur les pertes réelles (interventions et salons annulés, non-vente de leurs ouvrages, commandes annulées ou reportées) et en rappelant une spécificité fondamentale des revenus des auteur·rices : leur versement différé. En vain. Faute d’une compréhension basique de nos métiers, on arrive aujourd’hui au cas ubuesque où des auteur·rices dont les maisons d’édition ont avancé le paiement de leurs droits pour les soutenir, se retrouvent exclu·es du Fonds de solidarité national car leur revenus ont été artificiellement gonflés, ce qui ne fait que reporter leur problème financier à plus tard.
De l’autre côté, le Fonds sectoriel CNL/SGDL, même s’il a fait évoluer certains de ses critères discriminants, continue de constituer une aide sociale, et non professionnelle, accessible uniquement sous conditions de revenus. En conséquence, nombre d’auteur·rices directement lésé·es par les impacts de la crise sanitaire, restent exclu·es des dispositifs d’aide.

Une complexité administrative contre-productive

De manière générale, la Charte déplore l’incroyable complexité et la faible lisibilité des aides mises en place, qui rebutent même des auteur·rices qui pourraient y prétendre. Le fonds de solidarité national reste inaccessible aux auteur·rices dépourvu·es de numéro de SIRET. L’évolution constante des critères d’éligibilité, des justificatifs demandés selon les guichets, ou des incompatibilités éventuelles, obligent par ailleurs les auteur·rices à une analyse détaillée et complexe des différents dispositifs et de leurs modalités d’accès. Cette lourdeur administrative en décourage plus d’un, ainsi que le constate chaque jour la Charte à partir des remontées de ses adhérent·es. Il est regrettable que des systèmes censés aider les auteurs en ces temps éprouvants de crise sanitaire leur compliquent la vie en leur ajoutant une surcharge administrative.

La deuxième vague : un plan d’aide digne de ce nom

Au-delà des effets d’annonce, la Charte invite donc les pouvoirs publics et tous les acteurs de la chaîne du livre à repenser dès à présent la manière dont sont envisagées les aides à ces maillons essentiels à la création que sont les auteurs et les autrices. En insistant notamment sur les orientations suivantes :

– Une harmonisation des guichets d’aide pour une politique lisible et facilement accessible.

– La mise en place d’aides complémentaires, qui tiennent compte des effets spécifiques de cette crise sur la réalité professionnelle des créateur·rices.

– Le maintien d’une aide sociale pour les populations d’auteur·rices les plus précaires.

– Une réflexion urgente sur les effets dévastateurs de la non vente d’ouvrages, des annulations et reports de publications, et de la double peine que représente la discontinuité scolaire pour les auteur·rices jeunesse.

Les sommes issues des droits des auteur·rices et les deniers publics doivent servir à financer des dispositifs qui répondent concrètement à la détresse et à l’inquiétude des auteur·rices. En anticipant d’ores et déjà les effets durables que cette crise sans précédent, va entraîner sur une population déjà très vulnérable.