ILLUSTRATEURS nous sommes AUTEURS… DE NOS IMAGES

Une réflexion d'Isabelle Forestier, juin 2008


Auteur trouve son origine dans le latin “Auctor”. Il en dérive “Auctoritas” qui n’évoquait pas le pouvoir dictatorial mais la capacité d’emporter l’adhésion d’autrui par la sagesse d’un jugement.
S’il est devenu l’usage que les écrivains se nomment auteurs, nous, illustrateurs, nous le sommes tout autant dans le sens littéral du terme, comme on peut l’être d’un crime, d’un accident, d’un projet, d’une découverte scientifique, d’un film, d’un cirque…
Nous sommes héritiers de la tradition antique des scènes de chasse préhistoriques peintes sur la roche, des mythologies Grecques tracées sur les vases, des peintures religieuses du Moyen Âge, de la Renaissance… qui contaient des histoires par images aux illettrés, comme par exemple les chemins de croix dans les églises…

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"La chute d'Icare" par Breughel
Devant le bateau, les deux jambes minuscules d'Icare s'agitent perdues dans la mer, dans un univers, où l’on ignore les actions grandioses. Personne ne le regarde. Cette peinture transcrit bien l'échec d'Icare en même temps que la difficulté pour nous humains, auteurs d’une recherche artistique ou scientifique, d’atteindre le soleil.

L'ancêtre de l'écriture est le dessin, ce que l’on retrouve dans les hiéroglyphes Égyptiens, les glyphes Maya et aujourd’hui encore dans les signes Chinois et Japonais.
Si écriture et dessin ont pris des chemins divergents, ils ont tous deux pour buts de transmettre la pensée, de la plus descriptive à la plus abstraite. Dans le livre illustré, ils jouent en parallèles.

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Glyphes Maya

On perçoit l'évolution de la figuration vers la stylisation.

Illustrateurs, si nous accompagnons un texte, l’apparence autant que le contenu de notre interprétation devient unique. Le livre illustré est un genre littéraire et nous le marquons chacun dans notre style.
La notion d’auteur sous-entend la responsabilité entière d’un acte commis, le nôtre étant invention plastique. Avec des techniques artistiques variées, nous écrivons dans un décor, une construction géométrique, avec des signes, formes, couleurs, mouvement, rythmes et séquences, chacun avec notre propre alphabet graphique.
Même si nous suivons l’histoire à la lettre, nous inventons des images différentes d’un autre illustrateur.
Souvent, comme celles de Gustave Doré ne ressemblent pas à celles d’Arthur Rackham, nous exprimons un humour, des émotions et des pensées que l’écrivain n’a pas énoncées. Nous racontons notre scénario pictural en parallèle au récit, l’accompagnant sans le répéter, l’enrichissant, lui répondant parfois à l'encontre en multipliant les significations. Notre écriture plastique se reconnaît alors comme œuvre pour les sentiments ou réflexions qui en découlent.

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Gustave Doré
Ici, Le fauve, rusé, dissimule son identité en s'enfonçant sous les couvertures. Il esquisse un sourire. Le visage du Petit Chaperon Rouge, ambivalent, exprime inquiétude et curiosité devant la proximité corporelle que lui demande le carnassier. Instinctivement, elle protège son corps en drapant son épaule… mais elle reste là.

En droit de la propriété intellectuelle, le droit d’auteur est le droit exclusif d'exploitation reconnu à une personne pour sa création.
Pour un album illustré, nous, illustrateurs, nous partageons ce droit avec l’écrivain, auteur, lui, du texte.
Occasionnellement, l’auteur de l’idée est l’illustrateur, idée que l’écrivain rédige avec sa sensibilité et ses mots d’auteur.
L’histoire peut encore se raconter par des images seules comme le réalisait Honoré Daumier en son temps. Plus souvent, écrivain et illustrateur, parfois en la même personne, nous créons par un acte “d’auctors” conjoints un tout interdépendant qui fait d’un livre l’œuvre de deux auteurs.

Isabelle Forestier


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