Dans les petits papiers de...

Jean-François Chabas

Portrait


J’ai bu l’encre d’une enfance sombre quand je rêvais de lait blanc.
Les alcools troubles de l’adolescence je m’en suis également gorgé.
Mais j’escaladais les grands arbres, dont le faîte dépasse la forêt,
et surtout, surtout je grimpais dans la neige profonde qui a fait vœu de silence ; j’en avais jusque sous le cou, et on aurait pu dire : il nage !





En montagne, jamais je n’étais tête baissée, il y avait trop de choses à voir. Les écureuils noirs d’altitude, les marmottes et les bouquetins, les chamois qu’un soupir effraie. Et puis, au bout des courses, la glace et la roche nue, le vent suraigu des sommets. C’est ce qui coule dans mes veines, je ne cesserai pas de marcher.

Il y a aussi l’océan, qui frappe à la porte des sens, des coups puissants qui insistent. Comme j’ai aimé ses lames ! Et toujours j’y reviendrai.





Oh ! Les glorieux tourbillons des amours nouvelles ! Et le fleuve géant de l’adoration !
Mais de cela, il ne faut rien raconter.

Dans le tumulte des cités,
j’ai écrit.
Dans le morne crachin des sapins noirs comme dans la lumière ardente,
j’ai écrit.
Au chant du coucou,
j’ai écrit.
Dans une cale de navire,
j’ai écrit.
Et dans une vieille maison au poêle infernal, dans un très ancien chalet, dans des chambres étrangères, dans une bâtisse faite de terre, sur des calepins, des bouts de papier déchirés, sur une machine vaillante qui ne voulait pas mourir, sur un nouvel ordinateur, j’ai écrit.

Ainsi je vous ai parlé : d’un Vénusien collectionneur d’humains, d’un ange, dans le grand désert du Namib. De tatouages qui prennent vie. D’un ogre blanc, d’une eau verte, d’une tortue rouge, d’une toile d’argent, d’un lac bleu, d’un trèfle d’or. D’un perce-neige révolté. De chevaux extraordinaires, et de crocodiles gigantesques. Des frontières qu’on franchit sans le savoir, et de l’Esprit des glaces. Des sortilèges de l’amour, du pays des licornes. Des lionnes et de la femme-nuage. Des sorcières qui ricanent dans les fjords, et du farfadet malheureux. D’Asami, celui qui nage, et de mille autres personnages. Transmutation ! Enfants, de mon plomb j’ai voulu pour vous faire de l’or.
Est-ce que vous avez aimé ?
Tout le temps vous étiez là, lecteurs attentifs et rêveurs, avides d’original.
Dans la toundra j’allume des feux follets. Ce sont mes livres, venez vous y réchauffer.


Jean-François Chabas, avril 2014, pour La Charte.