Dans les petits papiers de...

Brami Mère & Fille (2)

Portrait

La Charte vous propose la suite du feuilleton « Brami Mère & Fille » ! (Si vous avez manqué le début, n’hésitez pas à rattraper votre retard par-ici.)

Maïa Brami et Élisabeth Brami de A à Z
« Alphabiographies » croisées, en 26 lettres et à 4 mains

épisode 2 : de M à Z


M (Maïa)
Comme maison. Je n’écris jamais aussi bien que chez moi, ma chatte pas loin et une tasse de thé à portée de main. J’ai besoin de solitude et de calme.
« M » aussi comme mots et musique. Ma conception de l’écriture est poétique. Je suis guidée par la musique des mots, leur sensorialité. Ils sont comparables à un matériau solide, bloc d’argile chantant, qui appelle les doigts et excite l’imagination. Construire une intrigue ne m’intéresse pas vraiment, en lire non plus d’ailleurs. J’aime plutôt entrer dans un personnage, rendre une atmosphère, toucher à une certaine vérité des sentiments.



N (Élisabeth)
Comme nulle : souvent je me suis sentie nulle. À l’école, je me noyais dans les dictées et dans les nombres. Naturellement pour me venger de mes sales notes en maths, j’ai écrit J’ai mal aux maths (Talents hauts). Ma façon d’apporter un réconfort non négligeable à ceux qui se croient nuls à tort.
« N » comme NON ! Le stade du non est normal dans le développement des enfants de 3 ans. Parfois je me demande si je ne suis pas restée à ce stade. Serais-je trop négative ou trop sur les nerfs ?
« N » comme Nathan où je dirige une « collection qui n’en est pas une ». J’invite des écrivains aux noms connus, reconnus ou inconnus, à écrire pour les collégiens et les collégiennes : faire lire de bons romans, je Nathan que ça !


O (Maïa)
Comme OVNI. Il arrive que les éditeurs perçoivent mes manuscrits de cette manière. Certains projets mettent donc du temps à voir le jour. Même si j’ai des thématiques récurrentes, je déteste me répéter au niveau de la forme, ce qui désarçonne certains éditeurs, mais heureusement pas les lecteurs !
« O » également comme ordinateur : jubilation de voir les mots se transformer en phrases puis en histoire sur l’écran à la vitesse de ma pensée. Clarté de la lecture, des corrections.



P (Élisabeth)
Comme page de papier : écrire n’est pas pour moi un métier mais une passion. Ma profession, la vraie, je m’amuse à la faire deviner aux enfants : « ça commence par P ça finit par E ». Un indice : « au début on dirait une envie de faire pipi ». Il y a toujours « pompière » qui fuse, mais vite arrive « psychologue » proposé par un/une qui sait de quoi il parle. C’est pour cet enfant-là que j’ai fait le voyage.
« P » comme pauvres parents pas parfaits mais perfectibles. Écrire pour les enfants, participe de l’éducation en douce et en douceur par albums interposés. Les livres sont des passerelles à partager. Ils permettent de prêter des mots pour parler de toutes les situations (Enfants cherchent parents trop bien (pas sérieux s’abstenir), Seuil). Et puis, le pouvoir des livres est peut-être plus que cela : préparer les parents potentiels que sont les enfants. Un peu prétentieux, mais possible.


Q (Maïa)
Comme Qui l’eut cru ? Dans la famille Brami, tout le monde écrit à part le frère, qui dessine. Ça fait quatre écrivains, quatre plumes singulières : Claude, Elisabeth, Maïa et Alma. Quid un jour d’un roman écrit en quatuor ?!



R (Élisabeth)
Comme les « RRRR » que roulait ma mère, Rena. Mon rrrapport au français est quasi rrreligieux : enfant de rrrrescapés venus d’ailleurs après guerrrre avec rrrien, rrrejetonne née dans une autrrre langue... le français m’a accueillie, nourrie et je le remercie à chaque mot écrit, à chaque livre lu.
« R » comme roman, rêve et refuge : des remèdes remarquables contre la réalité, des enfants (Amoureux grave, Thierry Magnier) et des adultes (Les Heures secrètes, Points Seuil).
« R » comme révoltée contre toutes formes de racisme, sexisme, antisémitisme. Je refuse les ghettos de toutes espèces y compris les ghettos littéraires dont certains salons du livre ont le secret et où les auteurs jeunesse sont réduits à une place ridicule ou moins reluisante que les autres romanciers. Ce fut ma mission quasi ratée durant 6 ans à la Mel (Maison des écrivains et de la littérature) en tant que vice-présidente.
« R » comme rimes. À quoi ça rime, les rimes ? À rien ! Parfois à faire rire ou à m’aider à écrire sur la vie, la mort... sans m’appesantir (Roule ma poule, Thierry Magnier).
« R » comme râler. Dans un CM2 de Grenoble, un journaliste de 10 ans m’a résumée ainsi : « Élisabeth Brami, j’ai compris, vous écrivez avec la rage. » Mes personnages rebelles sont en effet souvent en colère : Jamais de la vie chez Nathan ou Je renaîtrai de vos cendres, Flammarion.



S (Maïa)
Comme savoir. Une chose est sûre : je sais que je ne sais rien ! C’est pour cela que j’écris, pour essayer de m’approcher d’une certaine vérité, d’une certaine forme de beauté aussi, de (me) faire ressentir la vie, en quoi elle consiste, d’en rendre sa complexité.
J’apprends en écrivant. J’apprends en vivant. Et chaque livre est comme le premier, comme si j’écrivais pour la première fois.


T (Élisabeth)
Comme traiter de tout sans tabou, pour tous et tous âges. Je traite le terriblement triste, le tragique, le très intime (Prunelle de mes yeux, éditions L’Atelier du poisson soluble). Inutile de tricher avec les lecteurs,
« T » comme titres. Toujours étonnant lorsque le titre surgit d’abord et que le travail consiste à le déplier comme un papier de bonbon, tenter d’en tirer le texte qu’il contient, album ou roman.
« T » comme tandem : la tradition texte/images en jeunesse veut que j’ai travaillé à deux avec tellement d’illustrateurs/trices de talents (que j’ai toujours choisis) que je ne tente pas de les citer tous ! T comme le train et les transports qui sont mes cabinets de lecture et d’écriture : le temps s’arrête, je suis tranquille et dans ma tête. Trop bien !


U (Maïa)
Comme usure, ce que ressentent beaucoup d’auteurs en ce moment, tant les conditions de travail se dégradent. Mais la Charte veille et se bat sur tous les fronts pour faire en sorte que le statut d’auteur soit reconnu en tant que tel, que nous puissions vivre de notre métier. J’essaie de m’y rendre utile. Restons unis !


VW (Élisabeth)
V comme Ville d’Avray où j’eus la chance d’exercer 32 ans mon métier de psychologue à l’Hôpital de Jour pour adolescents, d’y créer une bibliothèque, un atelier photo ainsi que des ateliers d’écriture ; des voyages culturels et une revue : « Lis tes ratures ». (L’écrit adolescent, Thierry Magnier).
V et W comme Varsovie, de son nom polonais Warzawa, ma ville natale, quittée en ruines à 18 mois pour trouver refuge à Paris avec mes parents et leurs vilaines valises en carton quasi vides. Il m’aura fallu plus de 50 ans pour qu’à la faveur d’un salon du livre où je représentais la littérature française, j’entende « VIE » dans « Varsovie ».



X : XX les filles
Y : XY les garçons (Maïa)
Récemment, une blogueuse a insinué que j’écrivais plutôt pour les filles, faisant référence à mes deux derniers romans pour adolescents —
Les Princes charmants n’existent pas (Nathan) et Même les stars aiment les sardines à l’huile (De la Martinière Jeunesse). Je lui ai répondu que les garçons étaient présents partout dans mes livres, y compris dans mes albums dont les héros sont des garçons, mes nouvelles (Passages, Océan Editions) qui leur donnent la parole, mon premier roman pour adultes (Norma, éditions Folies d’encre) qui raconte la rencontre de Léo, 16 ans, laissé pour compte de la société avec une petite fille, ou encore mon récent essai sur le poète Jean Cocteau, Lettre au poète, paru chez Belin.



Z (Élisabeth)
Comme ZUT aux z’esprits bornés, aux z’empêcheurs de rigoler en rond, aux z’assassins de la liberté de penser, de créer, d’espérer.
« Z » comme ZIZI : titre d’un de mes derniers petits pavés dans la mare jeunesse, premier manuel de sexisme linguistique à l’usage des petits et des grands, illustré par Fred L. Vous m’en direz des nouvelles ! (Le Zizi des mots, éditions Talents Hauts.)


Zi end !


Maïa et Élisabeth Brami, décembre 2015, pour La Charte.