Agir en région : le Sud-Ouest
Dans les Nouvelles n°27, le mot du président rappelait : « La plupart des Conseils Régionaux s’interrogent sur les moyens et les structures à mettre en place pour promouvoir le livre et la lecture. La Charte se doit d’être présente dans tous ces débats pour convaincre, proposer et développer de nouveaux moyens d’existence ».Un groupe de chartistes du grand sud-ouest, réunis autour de Didier Debord, auteur-traducteur en Midi-Pyrénées, a tenté de mettre en œuvre la régionalisation sous forme d’une structure autonome. D’excellents contacts ont été noués par Didier Debord et Marie Mélisou avec les organismes du livre en Midi-Pyrénées et par Jean-Pierre Tusseau avec la BDP du Gers.
En Aquitaine, grâce à Sophie Ducharme, l’Arpel (centre du livre) publie aujourd’hui dans l’annuaire de ses auteurs une page sur la Charte et son action en région.
En Languedoc-Roussillon, Michèle Bayar a organisé la troisième réunion du groupe à Perpignan avec Les FRANCAS et leurs partenaires (Conseils Général et Régional, BDP, Ville de Perpignan, CDDP etc.) dans le cadre du premier Forum Départemental du Livre de Jeunesse des Pyrénées Orientales le 23 avril 2005.
La richesse des échanges interrégionaux (Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon) a convaincu les auteurs présents de continuer à réfléchir ensemble aux modalités d’implantation d’antennes de la Charte en régions, les contacts internet favorisant ce projet.
L’AG qui suivait les forums a décidé que l’organisation provisoire en structure autonome serait revue en fonction du modèle adopté par la prochaine AG de la Charte.
Le Forum
Les auteurs et illustrateurs ont rencontré des enfants, dans les centres de loisirs et sur le Forum et ont animé deux tables rondes :Lire ou ne pas lire
Les adolescents face à la lecture
Le débat modéré par Michèle Bayar, s’est tenu à l’Ubu, café littéraire à Perpignan.
Il en est ressorti que les adolescents restent lecteurs s’ils le sont déjà. Patrick Marcel, Délégué FRANCAS 66, rappelle l’objectif d’éducation populaire des FRANCAS et souhaite mettre en place des actions autour du livre et de ses auteurs pour le démythifier, le rendre accessible et désirable. Les jeunes n’aiment pas parler de leurs lectures ! « Il y a des genres qu’ils souhaitent garder pour eux ou pour les copains, des documentaires associés à des histoires vraies de jeunes, des témoignages, comme les collections HYROGÈNE et OXYGÈNE qui abordent les sujets dont parlent les jeunes entre eux mais peu avec les adultes » indique Odette Michel, responsable du CRDP à Montpellier.
Ella, une adolescente de 13 ans a confié à Michèle Bayar par mail : « Je lis souvent et je lis partout : au petit déjeuner (le dos de mes paquets de céréales), dans mon bain, dans le bus (le journal du passager à côté de moi)… Parmi mes livres préférés : Le Parfum de Patrick Süskind, La Vie devant soi de Romain Gary » . Ella est-elle représentative de la population des adolescents ? Selon Caroline Daviron, responsable jeunesse à la médiathèque de Perpignan, le lecteur zappe davantage aujourd’hui, devient plus « touche à tout » et moins « lecteur de fond ».
Si les 11-13 ans fréquentent régulièrement encore la bibliothèque, ils disparaissent des statistiques après 14 ans. « La médiathèque José Cabanis à Toulouse crée un espace pour les adolescents et les adultes en rupture avec l’écrit. Les domaines sont bien indiqués, la recherche facile, l’espace invite à la flânerie et les étagères contiennent une collection d’albums pour les 12-99 ans, collection souvent méconnue.
À Narbonne, le fonds de livres pour adolescents est habilement proposé entre la section jeunesse et le fonds vidéo/DVD puis la section adulte ».
Jean-Pierre Tusseau défend l’enseignement des classiques au collège : « L’ignorance me choque lorsque les élèves vont voir le film Le Bossu de Notre Dame et croient que c’est une invention de Walt Disney. Grâce aux classiques abrégés, les enfants ont quelque connaissance de l’original de Notre Dame de Paris » et de la langue de Victor Hugo ! Si l’on en juge par l’extraordinaire faculté des jeunes du film L’esquive à s’approprier la langue de Marivaux, on ne peut que l’approuver.
Micheline Jeanjean a insisté sur l’indispensable plaisir de lire.
Une véritable discussion s’est instaurée avec la salle. Michèle Pous, coordinatrice "Lire et faire lire 66", évoque l’expérience intime de la lecture, la sienne, celle qu’elle vit avec les enfants qu’elle rencontre dans les classes : le jeune lecteur souhaite que l’auteur lui laisse une part active. Lire c’est laisser libre cours à sa curiosité. Colette, enfant, entendant le mot « presbytère » dont elle ignorait la signification, le prit à son propre compte et se raconta que c’était un petit coquillage rose et rayé. Cette expérience fait partie du patrimoine de chacun de nous. Alors qu’on réapprend les paroles de la Marseillaise aux enfants dans les écoles, une enfant de deux ans, sans rien y comprendre, chante avec conviction « contre nous de la tirelire ».
Le débat s’est poursuivi de façon informelle autour d’un verre après sa clôture officielle par Patrick Marcel, essentiellement avec des bibliothécaires et des animateurs des FRANCAS.
Qu’est-ce qu’un bon livre ?
Cette table ronde s’est tenue à la médiathèque de Perpignan le samedi matin de la San Jordi, fête du livre et de la rose, en présence d’animateurs de centres de loisirs, de bibliothécaires et d’enseignants à la demande des Francas. Jean-Pierre Tusseau a posé le contexte et les limites de la réflexion, citant Pierre Boulle : « Imaginez qu’on vous demande ce que vous pensez du liquide, vous répondrez que le bon vin est un régal, tandis que l’huile de ricin est une invention du Diable. «Il ajoute quelques questions : « Bon pour qui ? Ou selon quels critères ? Tout dépend qui répond à la question » .
Caroline Daviron accepte l’épreuve et expose, de façon très vivante en présentant quelques albums, pourquoi ils ont du succès à la médiathèque.
Pour Jean-Pierre Kerloc’h, un bon livre, c’est un livre qui, outre son ouverture humaniste, affirme une qualité de langue, une qualité d’accueil, et une qualité de résistance.
La qualité de la langue (à ne pas confondre avec « la belle langue française » ) peut se manifester diversement : écriture poétique, écriture « blanche », jeux de langue, utilisation de registres divers.
La qualité d’accueil vise dans un premier temps à attirer le lecteur, à lui donner envie de lire. Et dans un second temps, à lui offrir une lisibilité minimale, afin qu’il puisse construire du sens. Son sens. Même si ce n’est pas le seul sens possible.
La qualité de résistance vise à perturber : perturber les habitudes de lecture, de pensée, les stéréotypes linguistiques ou sociaux, les ordres établis. Perturber, c’est poser des questions, provoquer, jouer sur le non-dit, les jeux sur les mots, les ambiguïtés, l’humour, le non-sens, le dépaysement historique, géographique, thématique.
Un bon livre peut se lire et se relire autrement, en grandissant. Un bon livre ne s’oublie pas une fois refermé.
Les nombreuses interventions de la salle témoignent de l’intérêt des personnes présentes pour la littérature de jeunesse. Un bon livre ne s’oublie pas une fois refermé.
Le bilan de ce Forum ?
Des projets autour du livre sont nés dans les centres de loisirs suite aux rencontre avec les auteurs et illustrateurs. La FNAREN ayant suivi les événements a fait appel aux auteurs de la Charte pour animer des rencontres avec leurs adhérents lors de leur congrès 2006 à Perpignan. Plusieurs auteurs ont déjà répondu.
L’assemblée générale
L’AG qui a suivi réunissait onze personnes. Treize autres étaient représentées par des mandats. Comme en rend compte le procès-verbal, la discussion a très sérieusement abordé le problème du bien fondé d’une structure autonome :— qui n’a pas permis d’obtenir les subventions espérées,
— qui couvre un trop grand secteur géographique ne coïncidant pas avec les découpages administratifs,
— qui n’était pas indispensable pour l’organisation de rencontres et forums comme ceux de Perpignan,
— qui semble susciter quelques suspicions de la part de « Paris », s’apparentant aux querelles entre « montagnards » et « jacobins ».
L’AG a décidé à l’unanimité de reconduire la structure « provisoire » ainsi que l’équipe responsable jusqu’à la prochaine AG de la Charte à Paris.
Michèle Bayar, Sophie Ducharme,
Nathalie Duroussy,
Jean-Pierre Kerloc'h,
Jean-Pierre Tusseau
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