La Charte des auteurs et des illustrateurs jeunesse

XXVIe Assemblée Générale Annuelle

Hôtel de Massa, 20 juin 2009

Rapport moral de la Présidente, Marie Sellier



La Charte bouge, la Charte est en marche. Forte de plus de trente ans d’existence, elle prouve qu’elle est incontournable dans le paysage éditorial et culturel français. Consultée dans de multiples domaines, de la rémunération des auteurs au versement des droits issus du droit de prêt, elle est aujourd’hui plus que jamais écoutée et respectée.

La Charte a grandi, s’est fortifiée sans pour autant perdre ce qui a toujours fait son originalité, cette capacité qu’ont ses membres à s’entraider face aux difficultés inhérentes à notre métier. Les plus anciens ou aguerris d’entre nous font bénéficier aux nouveaux de leur expérience, les forts en droit aident ceux qui le sont moins. Nous sommes compagnons de métier, tous conscients que c’est notre union qui fait notre force. Ceux qui nous côtoient ou nous invitent l’ont remarqué et le disent. Il y a un esprit Charte, une petite flamme, une générosité qui différencie la Charte des autres associations. Cet esprit de compagnonnage, nous y tenons et faisons tous en sorte qu’il se perpétue alors même que la Charte a pris du poids. 800 adhérents, ça pèse. Dans tous les sens du terme. Et assurément dans le bon sens lorsque chacun pense à payer sa cotisation.

Car, si nous sommes soutenus par de nombreux partenaires, nous restons très faiblement subventionnés, la Charte doit avant tout compter sur elle-même pour exister. Nous sommes bien placés pour le savoir. Pourtant son existence est plus que jamais une nécessité.

Alors que le livre pour la jeunesse continue à connaître une bonne fortune auprès du public – secteur émergent des trente dernières années, l’édition jeunesse représente aujourd’hui 13 % du chiffre d’affaire des éditeurs et 19 % des exemplaires vendus (chiffres 2007, source SNE) – la situation des auteurs ne s’est malheureusement pas améliorée. Les à-valoir n’ont pas suivi l’augmentation du coût de la vie – quand ils n’ont pas baissé – les tirages ont pratiquement tous été revus à la baisse entraînant d’inévitables répercutions sur les droits d’auteurs, surtout lorsque les livres ne font pas l’objet de réimpressions. Vivre aujourd’hui de sa création n’est pas chose aisée. D’aucuns ne se privent pas de dire que ce serait même impossible. Nous sommes pourtant nombreux parmi les auteurs et illustrateurs jeunesse de la Charte à prétendre le contraire. Cela suppose d’être vigilants tant aux clauses des contrats que nous signons qu’à la lecture de nos relevés de droits. Lisons nos contrats, et comme il n’y a pas de contrat type mais un document liant deux personnes responsables et consentantes, négocions-les. Enfin, exigeons d’être payés en temps et en heure.

Grâce au Forum, qui a montré qu’il était un véritable lieu d’échange et de débat, les Chartiste ont pu, tout au long de l’année, confronter leurs interrogations, échanger des informations, s’entraider ou tout simplement se conforter, voire se réconforter. La Charte, fidèle à sa mission de soutien et d’assistance aux auteurs a montré qu’elle était plus que jamais préoccupée par leurs problèmes en cas de litige, et prête à les épauler dans leurs démarches auprès d’éditeurs parfois oublieux. À plusieurs reprises, nous sommes intervenus après avoir été saisis par plusieurs Chartistes aux prises avec les mêmes difficultés. De l’envoi de courriers à l’intervention directe, plusieurs actions ont ainsi été entreprises. On se souvient en particulier de l’opération Vilo menée en janvier ou du courrier envoyé aux éditions Milan.

Par ailleurs, les administrateurs n’ont pas ménagé leur temps pour répondre directement aux interrogations des uns et des autres. Je les remercie pour la constance de leur engagement. Et bien sûr je salue Hélène Doignies dont la voix pour beaucoup incarne la Charte, Hélène dont la présence quotidienne à l’entresol de ce bâtiment assure une nécessaire permanence de l’association alors que nous sommes tous bénévoles volants,
abeilles butinant loin de la ruche. Voilà maintenant deux ans qu’elle est à nos côtés pour gérer les cotisations, les appels téléphoniques, la location de l’exposition Portrait d’artistes, l’accès au Forum, la tenue du site, toujours en liaison avec les uns et les autres.

Je voudrais remercier tous les membres du CA, Jean-Pierre Tusseau qui, bien que professant une aversion viscérale pour les chiffres, a rempli scrupuleusement sa mission de trésorier et a su – ô comble !- initier Barbara Martinez aux charmes de la trésorerie afin qu’elle puisse prendre sereinement sa suite. Barbara qui est entrée l’année dernière au CA et qui a immédiatement été opérationnelle avec une efficacité redoutable, beaucoup de suite dans les idées et une grande modestie.

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Merci à nos deux vice-présidentes de choc, Cécile Roumiguière, qui s’est retrouvée un peu sur tous les fronts, sans ménager sa peine, et Géraldine Alibeu dont j’ai apprécié la disponibilité, le calme et l’organisation et qui, elle non plus, n’a pas craint de courir plusieurs lièvres à la fois. Merci à Sophie Dieuaide, notre inénarrable secrétaire générale funambule fille de l’air, merci à Sigrid Baffert qui, avec la discrétion qui la caractérise, a plus d’une fois retroussé ses manches pour faire la petite main - copier-coller vos pages de répertoire sur le nouveau support, plier les envois de cotisation, rappels de cotisation, convocation à l’AG, coller les étiquettes (800 fois, ça prend du temps). Merci à Gilles Bonotaux, notre grand rapporteur (qui préfère être qualifié de grand cafteur), qui a toujours accepté avec bonne humeur d’être missionné à la dernière minute à telle ou telle réunion jugée indispensable, merci à Claire Ubac dont la jolie plume a été mise à contribution, à Michèle Mira-Pons qui a eu la joie de remplir son premier dossier de demande de subvention à la DRAC, à Claire Nadaud qui s’est occupée des dossiers des nouveaux adhérents, et à Marie-Florence Ehret qui, bien que n’étant plus au CA, a continué à gérer la liste mail et est à l’origine de l’opération Printemps des poètes. Merci également à Sonia Delmas qui nous représente au Conseil Permanent des Écrivains (CPE), aux côtés de Frédéric Magnan, à Isabelle Forestier, qui nous quitte, mais dont le diable tiré par la queue a si joliment et malicieusement éclairé le dernier salon de Montreuil. Merci enfin à tous ceux qui, ponctuellement, nous ont donné un gros ou un petit coup de main.



Ce que nous avons fait

L’année qui vient de s’écouler a vu se renforcer un certain nombre de partenariats que l’on pourrait qualifier d’historiques et s’en créer d’autres. Je voudrais bien entendu citer en premier lieu, les liens que nous avons noués avec la Société des Gens de Lettres qui nous héberge ici, à l’hôtel de Massa, moyennant loyer, certes moins élevé que par le passé, mais loyer néanmoins. C’est par l’intermédiaire de la SGDL que, au même titre que le CNL, l’ARALD, la Maison des écrivains et de la littérature, l’AGESSA, etc…, nous avons été consultés sur ce problème de rémunération des auteurs qui nous préoccupe tous. Nous aurons l’occasion d’y revenir au cours de cette journée. J’ajouterai qu’Alain Absire, président de la SGDL, a autorisé les membres de la Charte à bénéficier des conseils avisés de Valérie Barthez, la juriste de la SGDL, et de ceux de Nadia Naïli, l’assistante sociale de cette même maison.

Parmi nos autres partenaires, je citerai Le CNL qui nous soutient depuis plusieurs années, à hauteur de 5 000 euros, et qui, à la fin de 2008, a bien voulu, à ma demande, nous allouer une subvention exceptionnelle d‘un même montant pour moderniser notre répertoire dont le logiciel montrait d’inquiétants signes de faiblesse. C’est un gros chantier qui continue à occuper plusieurs d’entre nous.

La Mairie de Paris a réitéré son soutien de 3 000 euros et la DRAC île de France nous a aidés à hauteur de 2000 euros à éditer notre brochure publiée à l’occasion du salon de Montreuil. Quant à la Région île de France, nous lui devons une aide substantielle de près de 15 000 euros pour l’emploi tremplin de notre unique salariée, Hélène.

Partenariat également avec La joie par les livres, maintenant antenne de la BNF, qui s’est articulé cette année autour de visites carte blanche de l’exposition sur la littérature jeunesse, Harry Potter, Babar et compagnie, livres d’hier et d’aujourd’hui. Quatre chartistes ont participé à cette opération accueillie avec beaucoup d’enthousiasme par les bibliothécaires participant à l’opération.

Autre opération, celle menée avec Paris-Bibliothèques et baptisée Duettistes. Quelques chartistes ont invité leurs homologues européens pour une présentation conjointe de leurs œuvres dans les bibliothèques de la ville de Paris. Ces duettistes sont intervenus à la fin de l’année et s’inscrivaient dans le cadre de la saison européenne des bibliothèques de la ville de Paris.

Contact fructueux également avec Lire et Faire Lire qui nous a demandé de proposer des formations à ses lecteurs bénévoles et dont Géraldine Alibeu s’occupe activement en liaison avec Laurent Piolatto, le secrétaire général de l’association.

Cette année encore, nous avons renouvelé un accord avec le CPLJ qui organise chaque année le salon de Montreuil. Le coût du stand a été substantiellement réduit en contrepartie de prestations de la Charte telles que l’accueil des jeunes auteurs, des lectures et un colloque. À souligner que celui que Marie-Aude Murail a organisé a connu un vif succès avec plus de 100 participants. Merci à elle et à tous ceux qui ont concouru à sa réussite. Et bien sûr, Montreuil 2009 restera dans les mémoires grâce au stand magnifiquement cousu main par Géraldine Alibeu, Barbara Martinez, Sandra Poirot-Chérif, Gaëtan Dorémus, avec le concours déjà mentionné d’Isabelle Forestier.

Enfin, à travers le CPE, Comité Permanent des Écrivains, nous travaillons en contact étroit avec d’autres organisations ou sociétés d’auteurs : le syndicat national des auteurs compositeurs (SNAC), la SGDL, l’association des traducteurs littéraires de France (ATLF), la société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), la société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SACEM), le syndicat des écrivains de langue français (SELF), l’union nationale des peintres illustrateurs (UNPI), l’union-guilde des scénaristes (UGS), Cose-calcre, les écrivains associés du Théâtre (EAT), l’union des écrivains, la société des auteurs des arts visuels et de l’image fixe (SAIF), l’association des écrivains de langue française (ADELF).

La Charte a piloté deux publications cette année, la brochure de présentation de l’association dont j’ai déjà dit qu’elle avait été en partie financée par une subvention de la DRAC et que nous avons largement distribuée depuis sa parution, ainsi qu’un numéro spécial de la revue Cairns réunissant les poèmes de Chartistes sur le thème 2008 du Printemps des poètes, En rires. Une opération menée par Marie-Florence Ehret et Patrick Joquel et relayée par plusieurs lectures publiques.

Consultée sur le problème de la rémunération des auteurs et sur les revenus accessoires, la Charte est de plus en plus sollicitée pour intervenir en région. Au mois de mai, j’ai répondu à l’invitation de l’ARALD (Agence Rhône-Alpes pour le livre et la documentation), à Lyon, sur le thème du statut de l’auteur, nous n’avons malheureusement pas pu répondre positivement à celle de l’Agence Régionale du Livre en Picardie, mais j’irai la semaine prochaine à Saint-Paul-Trois-Châteaux à la réunion annuelle de la Fédération des Salons du Livre.

Les nombreux contacts que nous avons pu avoir avec SOFIA lui ont permis de faire évoluer le dispositif de versement du droit de prêt qui, après des débuts nécessairement difficiles, trouve son rythme de croisière. Tout a été mis en œuvre pour que les auteurs multiples de livres soient rémunérés directement par SOFIA et non plus par les éditeurs qui, pour certains, tardaient à reverser les sommes qui leur avaient été allouées. De nombreux Chartistes sont concernés, en particulier ceux dont le talent se conjugue dans le cadre d’un album. La Charte a été moteur dans ce domaine, sous l’impulsion de Sophie Dieuaide qui durant deux ans a défendu haut et fort nos positions. Je continuerai à le faire dans le cadre du Conseil d’administration de SOFIA puisque j’ai été élue jeudi dernier dans le collège des auteurs. C’est une vraie reconnaissance pour la Charte.

Enfin, je ne veux pas manquer de signaler une victoire que nous devons à la ténacité de Christine Flament, vice-présidente de l’association pendant plusieurs années : les illustrateurs bénéficieront, comme les auteurs, de la retraite complémentaire IRCEC financée pour moitié par le droit de prêt en bibliothèque. Le décret, paru au journal officiel du 12 mai 2008, sera applicable en janvier 2010. Encore un peu de patience !


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Les orientations pour 2010

En 2010, la Charte continuera à travailler avec ses partenaires.

En mai 2009 ont été jetées les bases d’un colloque organisé avec la Maison des écrivains et de la Littérature autour du rapport texte-image. Cette manifestation pourrait avoir lieu au printemps au Petit Palais et marquerait le rapprochement de nos deux associations. La Joie par les livres, que j’ai sollicitée, a manifesté son intérêt pour le projet et participera donc à sa mise en œuvre.

L’ADAGP, l’association des auteurs dans les arts graphiques et plastiques, nous a contactés pour que nous réalisions une brochure commune sur le contrat d’édition, sorte de vade-mecum à l’usage des auteurs nouveaux ou récalcitrants à la lecture de contrats. Elle nous a alloué une somme de 4 000 euros qui pourra, je l’espère, être complétée par une subvention spécifique de la DRAC. Cette brochure sera rédigée par Gwendoline Raisson sur la base des informations juridiques réunies par Marie-Anne Ferry Fall, Juriste à l’ADAGP, et illustrée par Camille Jourdy.

À la suite du répertoire, le site devra être relooké à condition bien sûr que des subventions du CNL et de la Mairie de Paris, notamment, nous autorisent à le faire. Puisque je vous rappelle qu’aucune dépense importante n’est engagée sans que la ressource correspondante ne soit venue alimenter nos caisses.

Géraldine Alibeu et Barbara Martinez se sont investies dans un projet ambitieux, la préparation d’un calendrier perpétuel pour 2010, en partenariat avec le Centre de l’illustration de Strasbourg et diverses médiathèques, dont elles vous diront un mot.

Le projet de journal en ligne n’est pas oublié. Nous pensions pouvoir le lancer cette année. La volonté était là mais malheureusement pas toute la disponibilité ni l’énergie nécessaires. Michèle Mira Pons, qui ne se contente pas d’être auteur mais aussi journaliste a décidé de s’y atteler. Elle est en train de constituer son équipe de rédaction qui devrait être opérationnelle après les vacances.

Un mot pour terminer : nous ne manquons pas d’idées ni d’énergie pour la Charte, mais la tâche est immense si l’on veut bien l’accomplir. Elle est assurément trop importante pour une poignée de bénévoles même secondés pas Hélène. La Charte manque cruellement d’un directeur – ou d’une directrice- qui s’occuperait de la gestion administrative et chercherait de nouvelles subventions. J’ai demandé à un ami, ancien président de société et d’association, de nous prêter main forte pour les quelques mois à venir. Il a accepté de le faire à titre amical mais ne pourra pas s’investir très longtemps. Il faudrait trouver un ou une retraitée (prof ou bibliothécaire) motivé (e) par notre cause qui accepterait de nous consacrer un ou deux jours par semaine. Vos suggestions sont les bienvenues.

Pour ma part, mon mandat venant à expiration l’année prochaine, je ne me représenterai pas et, pour tout dire, je souhaiterais même passer dès aujourd’hui le flambeau de la présidence à quelqu’un, tant la charge a été accaparante au cours de l’année écoulée. J’ai d’autres jardins à cultiver que les 50 % du temps que j’ai consacrés à la Charte m’ont fait délaisser. Je m’attacherai, au cours des mois à venir à assurer la transition avec celui ou celle qui me succédera et qui, j’en suis convaincue, ne va pas manquer de se manifester tant notre cause est noble. Un dernier point important et j’en aurai fini : je propose que celui-ci soit rétribué selon des modalités à définir et je demande instamment à cette assemblée d’en accepter le principe. Vive la Charte !

Marie Sellier, le 20 juin 2009


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Bureau de l’association pour 2009
Présidente : Marie Sellier
Vice-présidente (Auteurs) :
Cécile Roumiguière
Vice-présidente (Illustratreurs) : Géraldine Alibeu
Secrétaire générale : Gilles Bonotaux
Trésorier : Barbara Martinez

Administrateurs
Sigrid Baffert, Sonia Delmas, Michèle Mira Pons, Marie Quentrec, Gwendonline Raisson, Claire Nadaud, Jean-Pierre Tusseau et Claire Ubac





Photos © Véronique Massenot et Jean-Pierre Tusseau

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