Pour commencer l’Histoire de la Charte
par Claire Nadaud
Faire l’historique de la
Charte alors qu’elle atteint ses 20 ans comme association
1901 et ses 30 ans d’existence et qu’elle est passée d’une
vingtaine d’auteurs militants et déterminés, à près de 700
aujourd’hui, c’est faire la longue liste de tous ceux et
toutes celles qui ont su donner du temps et de l’énergie
pour que vive une association très originale.
Elle regroupe dès le départ des auteurs et
illustrateurs pour la jeunesse qui se battent pour des
conditions décentes de travail tant pour les contrats
d’éditions que pour les animations. Marginalisés dans
beaucoup d’instances, les auteurs et les illustrateurs ont
éprouvé le besoin d’échanger et de confronter leurs
expériences.
Christian Grenier, créateur et fondateur de la Charte, nous
conte par le menu dans un ouvrage qui vient de paraître sa
naissance et ses premières ambitions. Si la bataille pour
la rémunération des rencontres et des ateliers d’écriture
fut gagnée, celle des contrats et de la lecture des relevés
de droits ne l’est toujours pas, mais nous y travaillons
encore, avec aujourd’hui plus de force.
L’histoire raconte qu’en 1975, il y a trente ans, dans une auberge bretonne, une poignée d’auteurs se révolte contre un gentil organisateur qui les avait invités à régler la note après trois jours de rencontres non-stop.
Après cet épisode, une première réunion se tient à la bibliothèque de Montreuil à l’initiative de Bertrand Solet et de la conseillère municipale à la culture. Un manifeste est rédigé et publié et de nombreux points font encore partie de nos objectifs. Les auteurs présents étaient William Camus, Jean Coué, Christian Grenier, les Grimaud, Béatrice Tanaka, Rolande Causse, Germaine Finifter, Robert Bigot et Jean Ollivier, mais tous n’étaient pas forcément d’accord.
En 1978, la seconde réunion eut lieu chez Christian Grenier avec Béatrice Tanaka et Arnaud Laval. À cette occasion, Christian rédige le premier bulletin qu’il fait parvenir à tous les sympathisants. Il n’y a encore, ni association, ni carte, ni cotisation. Béatrice Tanaka organise une réunion en 79. Y assistent Andrée Clair, Luce Filliol, Claude et Jacqueline Held, Christian Léourier, Michel Jeury, Francis Valéry et Frédéric Clément.
En 81 la réunion a lieu chez William Camus, La Charte comprend alors 25 membres. Une des premières actions fut de constituer une liste des auteurs et des illustrateurs se réclamant de la Charte.
En 1984, La Charte devient une association loi de 1901, Christian Grenier devient le premier président
Elle passe de 25 à 46 membres. Les statuts sont débattus et votés. Ils précisent notamment que ses membres se reconnaissent dans une littérature, des expressions et des graphismes de qualité, vivants, dynamiques et ouverts à tous les imaginaires contemporains.
Ils s’engagent à communiquer à l’association leurs contrats, les avantages acquis dans la profession et toutes les informations touchant le livre et ses dérivés… Ils s’engagent également à demander des indemnités auprès des organismes qui les invitent… « Il faut cependant souligner que la Charte n’est pas une association qui permet de faire des animations, d’ailleurs tous les chartistes n’en font pas. » Un bureau est constitué dans lequel les responsabilités sont partagées. Christian Grenier en est le premier président, Yves Pinguilly le vice-président, Alain Duret le secrétaire. Une cotisation et un bulletin officiel sont instaurés. Les AG ont lieu chez les uns ou chez les autres, et un certain nombre de réunions à la bibliothèque du Pré-Saint-Gervais, Christian assurera la présidence jusqu’en 86, les chartistes sont alors 56. Ensuite, chaque président s’engagera pour trois ans, la durée du mandat électif.
En 1986 Jacques Cassabois est élu président, jusqu’en 88, et Claire Nadaud devient vice-présidente. Nous sommes alors 69.

Christian Léourier,
assume la présidence à son tour de 1989 à 1992. Il
réalise la plus grande partie du travail avec son épouse.
Gérard Hubert-Richou gère le secrétariat et Robert Bigot la
trésorerie, tâche qu’il accomplira pendant dix ans
permettant un développement considérable de notre
association qui compte alors 133 adhérents. Notre nombre
impose alors une nouvelle organisation et Claire Nadaud
propose un système de parrainage. Chaque postulant doit
s’assurer l’appui de trois chartistes qui connaissent son
travail, le parrainent et le font entrer dans
l’association.
En 1993, François Sautereau assure la présidence.
Christine Flament entre dans le bureau, Jean Hugues
Malineau et Jacques Delval arrivent au CA qui acquiert une
véritable autonomie, chacun prenant à cœur les tâches qui
lui sont confiées. Caroline Pistinier réalisera le
bulletin, qui commence à prendre une forme graphique plus
professionnelle. Jusqu’en 93, Odile Herrenschmidt nous
accueille généreusement pour les AG. Trop nombreux pour que
cela perdure, nous instituons des assemblées générales
décentralisées afin de permettre aux chartistes de province
de nous rejoindre plus facilement.
La première AG de ce type a lieu à Montpellier en 94 sous
la houlette du Conseil Général et de la BDP, grâce à René
Escudié. C’est un franc succès, Claire Nadaud a réalisé
pour cette occasion la première exposition d’illustrateurs
qui avait l’ambition de montrer la diversité de style des
chartistes. L’expo tournera plusieurs années par
l’intermédiaire du CRILJ. Quelques images seront présentées
au salon du livre de Montreuil auquel nous participerons
régulièrement à partir de cette date, rencontrant ainsi
notre public et nos partenaires. Pendant cette période de
jeunesse de la Charte, nous avons aussi tenté des aventures
créatives et collectives comme la Saga, l’Almanach et la
Sauterelle verte, qui ont contribué à nous souder et à
créer une véritable dynamique.
C’est en 1995, à l’AG de Taverny, que Jack Chaboud et
Marie-Florence Erhet nous rejoignent dans ce même conseil
d’administration maintenant très actif. La Charte compte
alors 180 membres.
En 1996, Jean-Hugues Malineau est élu président,
Alain Bellet entre au CA. Sa première démarche est de
rencontrer avec Claire Nadaud, Annie Allain, nouvelle
responsable de l’AGESSA. La plupart des interventions que
nous assurons peuvent enfin êtres assimilées à des droits
d’auteur et donc rémunérées de cette manière. C’est un
énorme soulagement. Il faut dire que la Maison Des
Écrivains nouvellement créée avait déjà un peu
débroussaillé le terrain en proposant aux auteurs des
contrats d’édition rémunérés en droits d’auteur en échange
d’un texte. Cette même année le CIELJ (Centre International
d’Étude en Littérature de Jeunesse) de Charleville-Mezières
fait la proposition à Claire Nadaud de nous héberger sur
son site internet, Ricochet, entièrement consacré à la
littérature de jeunesse. Santiago Dias-Herrenschmidt va en
réaliser l’essentiel, à nous de le mettre à jour. Nous
sommes 208 et les effectifs ne font que croître.
En 1997 notre assemblée générale, à
l’invitation de la FOL, a lieu à Châteauroux ; René
Escudié, chartiste des temps héroïque entre dans le CA et
gère notre site de sa lointaine province. Nous obtenons
pour la première fois des subventions de la Drac, de la
Mairie de Paris, et du CNL, suite aux démarches de
Jean-Hugues Malineau et d’Alain Bellet.
En 1998, l’AG a lieu dans les locaux de la SGDL,
Elvire et Marie-Aude Murail, des plumes très reconnues,
entrent au conseil. Claire ne renouvelle pas sa candidature
au poste de vice-présidente, qu’elle a tenu pendant douze
ans. Marie-Aude y est élue. Elvire Murail accepte la lourde
charge de trésorière, nous sommes maintenant 250. Cette
année-là, Robert Bigot lance une première enquête sur le
nombre des publications et des interventions faites par les
chartistes et leur statut social. Les résultats sont
publiés dans les Nouvelles en août 1999. Cette même année,
à la suite de notre demande, nous obtenons l’agrément
Jeunesse et Sport. Nous signons aussi une convention
renouvelable avec le Centre National des Lettres. À cette
période, un grand débat agite les chartistes, « le
prêt payant » en bibliothèque, sans que nous
soyons officiellement consultés…
En 1999, notre assemblée se tient à Montbéliard.
Elle est un peu houleuse et cela traduit probablement une
crise de croissance.
Nous sommes 300, et nos activités se multiplient. Nous y
tenons notre premier forum sur les raisons de notre
engagement dans la littérature de jeunesse. Alain Bellet et
Daniel Meynard dirigent les débats puis réalisent le
premier Cahier de la Charte, pour lesquels nous
bénéficierons d’une subvention du CNL. Élu secrétaire
général, Alain organisera régulièrement les débats ainsi
que la publication et la direction des Cahiers. Il
conservera cette charge jusqu’en 2004.
Nous présentons à cette AG notre seconde exposition, sur la
proposition de Béatrice Tanaka. Réalisés en trois volets,
deux jeux de reproductions sont envoyés en Roumanie et au
Mexique, accompagnés des livres. Les originaux restent en
France et tourneront dans des bibliothèques.
Myriam Bénainous est embauchée dans le cadre des emplois
jeunes en janvier, mais l’absence de local manque de faire
capoter le projet. Heureusement, Monique Hennequin du
CRILJ, accepte d’héberger Myriam pendant presque un an. Un
local se libère dans la cour, le CRILJ le loue et nous
sous-loue un bureau pour notre assistante. Natacha de
Molènes, jeune illustratrice, récemment entrée au CA
reverra toute la mise en page du journal, tâche qu’elle
assurera près de deux ans. C’est elle qui instituera le
choix d’un illustrateur mis en valeur dans chaque numéro.
Elle formera Myriam au logiciel de mise en page, lui
permettant de prendre sa relève. Assurant le secrétariat de
rédaction, Jack Chaboud devient rédacteur en chef,
responsable d’une équipe de rédacteurs. Ils donneront une
vraie qualité aux « Nouvelles » et nous
obtiendrons la commission paritaire en 2003.
Christine Flament avait inventé les thés et goûters
d’illustrateurs. Dans le même esprit, Marie-Florence Ehret
inaugure les repas de la Charte et Michèle Bayard prendra
sa suite en 2001 en y invitant des membres associés donnant
ainsi des thèmes à ces agapes.
Mais surtout Marie-Florence crée notre mailing liste,
véritable journal en ligne qui traduit les humeurs des uns,
les soucis des autres, faisant circuler rapidement
l’information.
Notre AG a lieu à Eaubonne en 2000 au
centre international Charles Perrault.
Christine présente la nouvelle expo « Images de
lectures, lecture d’images » à laquelle
participent ensemble auteurs et illustrateurs. Les
adhésions à la Charte sont devenues un poste important.
Nous sommes 400 et les candidatures sont présentées et
débattues à chaque CA. C’est Jacques Delval qui en est
responsable. Il sera ensuite relayé par Francine Vergeaux.
Marie Wabbes et Philippe Davaine, deux illustrateurs de
talent, nous rejoignent au CA. René Escudié, souffrant, ne
peut plus assurer la mise à jour du répertoire des
adhérents sur le site internet. C’est le mari de
Marie-Aude, Pierre, qui prend la relève pour la tenue du
répertoire. Alain Bellet s’occupe de développer
l’utilisation du site, créant des rubriques nouvelles, des
liens, des pages d’actualités et d’informations.
En 2001, notre AG a lieu à Bagneux, Jacques Delval se
présente à la présidence et Jean-Pierre Tusseau se
charge des demandes d’adhésions. Christine Flament et
Marie-Aude deviennent vice-présidentes, réalisant un
travail considérable sur les contrats et les tarifs
pratiqués dans l’édition. Elles nous en présentent leurs
conclusions au salon du livre de Montreuil. La salle n’est
pas assez grande pour accueillir tous les chartistes
concernés. Christine suit les travaux du Conseil Permanent
des Écrivains, assistée de Frédéric Magnan. Elvire Murail
nous représente au sein de la SOFIA et Alain Bellet à
l’AGESSA. Pour sa part, Claire Nadaud représente la Charte
au CA du CPLJ (Salon du livre de Montreuil) ainsi qu’au
CRILJ depuis très longtemps. Les interviewes
d’illustrateurs sont menées régulièrement par Christine
dans chaque numéro du journal.
2002, assemblée générale de Saint-Brieuc. L’idée
de régionalisation de la Charte est lancée par Didier
Debord dans le Sud-Ouest et Catherine Muller dans l’Ouest.
D’autres régions bougent, des repas et des rencontres sont
organisés. Pascale Védère d’Auria entre au CA, elle va
gérer le dossier des membres associés à partir de 2003.
Alix Clémence accepte la rédaction en chef des Nouvelles à
la suite de Jack Chaboud. Pour contribuer à donner une
image dynamique à la Charte, Jean-Jacques Greif et
Christine font réaliser une affiche, des cartes et des
signets par un illustrateur différent chaque année, Gilles
Bachelet en 2002 et Emmanuelle Houdart en 2003.
L’éducation nationale crée « la liste
obligatoire » pour aider les enseignants à
choisir dans l’immense production de livres pour la
jeunesse, ce qui provoque des remous considérables et des
controverses, nous rencontrons Henriette Zoughebi à ce
sujet.
En 2003, l’AG a lieu à Paris à la SGDL.
Dans ce même lieu, Christine et Marie-Aude organisent une
journée professionnelle de réflexion sur les contrats de
droits d’auteurs. Le public est nombreux. Un compte rendu
est publié dans le n° 22 des Nouvelles et mis en ligne sur
notre site. Au cours de cette assemblée Marie-Aude lance
« les 6 points » qui sont à négocier ou à
imposer dans nos contrats. Yaël Hassan nous rejoint au CA.
Elle devient notre correspondante sur le site de la revue
Citrouille, la revue de nos libraires préférés.
Au salon du livre de Montreuil, nous présentons notre expo
« Passionnément Passeurs » réalisée par
Christine Flament, montrant le rapport entre les
illustrateurs et leurs sources d’inspiration. La DRAC
d’Île-de-France subventionne cette création, puis la
bibliothèque de Montreuil présente l’exposition dans son
intégralité pendant un mois.
Octobre 2004, Le Blanc. Jacques Delval quitte la présidence
de la Charte et passe la main à Alain Bellet.
Pour la seconde fois, nous tenons notre AG dans l’Indre,
grâce à la FOL et à la municipalité. Jacques Delval, qui
avait accepté d’ajouter une année supplémentaire à son
mandat, malgré l’ampleur du travail avec maintenant 600
adhérents, abandonne son mandat. Deux nouvelles recrues
nous rejoignent au CA : Sonia Delmas s’engage à tenir
le secrétariat de rédaction du journal et Marie Sellier à
gérer la trésorerie des adhésions. Devant nos difficultés,
Sophie Dieuaide accepte de reprendre la gestion du
répertoire de notre site en liaison avec Alain Bellet, en
remplacement de Pierre Robert.
Il est notable que dans ce compagnonnage au sein du CA,
certains nous quittent mais continuent à tenir le poste
qu’ils avaient auparavant ce qui permet à la Charte de
pouvoir continuer à se développer. Qu’ils en soient tous
remerciés. Jean-Claude Djian devient rédacteur en chef des
Nouvelles et Jeanne Delval, graphiste, en assure la
maquette. Myriam notre assistante travaille à mi-temps
désormais et ne peut plus assurer la présence de la Charte
dans les salons. La balle est dans le camp des régions.
Dans l’année, une seconde réunion d’information à lieu à la
SGDL sur les droits des illustrateurs, organisée par Jeanne
Pujol de l’UNPI et Christine Flament. Nous rencontrons
également pour la première fois le Syndicat National de
l’Édition.
Notre présence sur le salon du livre de Montreuil, où nous
avons souvent partagé notre stand pour des raisons
financières, a développé des liens avec d’autres
associations : Lire et faire lire, Union Nationale des
Peintres et Illustrateurs, Ricochet…
Bien entendu, pendant toutes ces années, l’édition jeunesse
a aussi beaucoup évolué. Le nombre de titres et le nombre
d’éditeurs s’est multiplié allant jusqu’à la limite de
l’inflation. Les textes et les images se sont transformés
créant malgré les excès une dynamique formidable. Il est
probable que ce bilan reste incomplet, mais il semblait
nécessaire pour ce vingtième anniversaire de le tenter.
Claire Nadaud
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